
La phénologie des plantes au service du suivi du climat
Petite-fille de pêcheur, j’ai grandi en regardant ma grand-mère observer attentivement la nature pour y déceler les signes d’un changement de temps. À cette époque, c’était le seul moyen d’anticiper les tempêtes ou les conditions de mer difficiles — une nécessité pour la sécurité d’une famille de pêcheurs.
Elle écartait le rideau et regardait au-dehors, vérifiant la température sur le thermomètre, la force et la direction du vent en observant le déplacement des nuages et le mouvement des feuilles des arbres.
Plus tard j’ai choisi, moi aussi, d’observer le vivant – mais du côté des plantes. Aussi, lorsque MétéoSuisse a cherché une personne pour assurer le suivi phénologique de la station d’Orbe, au service de l’étude du changement climatique, j’ai répondu sans hésiter.
Le climat et le vivant
Mais qu’est-ce donc que la phénologie ? C’est l’étude des cycles saisonniers dans la nature : surtout ceux des végétaux, mais aussi des animaux, des champignons et même, dans le monde non vivant, des glaciers.
En ce qui concerne les plantes, on observe à quelle période les feuilles apparaissent, les fleurs s’ouvrent, les fruits mûrissent et les feuilles tombent. Comme le développement de la végétation dépend fortement de la température, les plantes sont de bons indicateurs du réchauffement climatique.
26 espèces témoins
En Suisse, les observations phénologiques ont commencé en 1808 à Genève avec l’enregistrement de la date d’apparition des feuilles du marronnier le plus précoce de la promenade de la Treille. C’est la plus ancienne série de données du pays.
De nos jours, MétéoSuisse gère depuis 1951 un réseau d’observation phénologique d’environ 160 stations réparties à travers toute la Suisse – dont Orbe – choisies parmi les plus de 2000 communes du pays. Cela nécessite le même nombre d’observateurs, qui travaillent sur une base volontaire.
Pour décrire le développement de la végétation, 26 espèces de plantes différentes sont examinées au cours des saisons. Ces données sont transmises à MétéoSuisse soit sur un formulaire papier, soit directement après leur observation via internet. Toutes ces données sont ensuite utilisées pour constituer une vue d’ensemble de l’année écoulée et analyser les influences à long terme du climat sur la végétation.
Printemps plus précoce
Les changements phénologiques se caractérisent fréquemment par un débourrement plus précoce au printemps et des retards dans la coloration des feuilles et la sénescence à l’automne. Par conséquent, on observe des saisons de végétation de plus en plus longues.
MétéoSuisse définit l' »indice du printemps » comme la période de développement de la végétation, sous la forme d’un écart en jours par rapport à la moyenne à long terme. La température étant un facteur clé pour la croissance des plantes, l’indice du printemps est particulièrement indiqué comme mesure de l’impact du changement climatique.
À partir de la fin des années 1980, on constate un net avancement du développement de la végétation, qui évolue parallèlement à l’augmentation de la température au printemps. Les années où la végétation printanière a été particulièrement précoce sont 1961, 2011 et 2020, avec une avance de 8 à 10 jours sur la moyenne 1991-2020 ; l’année où le printemps a été le plus tardif est 1970, avec un retard de 20 jours.

Et le marronnier de Genève ?
La date d’apparition de la première feuille du marronnier de la Treille, à Genève, varie très fortement. Mais depuis 1900, elle montre une nette tendance à une apparition plus précoce. Le réchauffement climatique global joue un rôle dans cette évolution, tout comme les changements intervenus dans l’environnement urbain de l’arbre et l’accumulation marquée de chaleur dans la ville.
Depuis quelques années cependant, la tendance s’est inversée. Les causes de cette inversion ne sont pas encore connues ; elles peuvent être liées à l’arbre lui-même, à des changements dans son environnement, ou à une modification de sa réaction à des températures élevées. A noter que le marronnier officiel, troisième à tenir ce rôle depuis 1818, est mort en été 2015; un autre arbre a été choisi pour lui succéder.

Au fil de l’année
La première observation phénologique de l’année est la floraison du noisetier, en janvier, suivie par celles du tussilage et de l’anémone en février- mars. La saison se termine avec la chute des feuilles du marronnier, du hêtre, du bouleau et finalement du mélèze, en octobre- novembre.
Depuis 2022, j’ai repris les observations phénologiques à Orbe. Parmi les 26 espèces à observer, certaines y manquent actuellement. Le plant de tussilage (pas-d’âne) dont je notais la floraison a été supprimé lors de la construction d’un nouveau bâtiment, et le sorbier des oiseleurs témoin a été coupé ; d’autres espèces sont plus rares dans notre région, notamment le sureau rouge, l’épilobe à feuilles étroites et le dactyle aggloméré. Si vous repérez l’une de ces plantes à Orbe, dans un lieu public ou du moins visible depuis l’espace public, n’hésitez pas à me contacter (vaida@herbettes.ch) !
Envie d’en savoir plus ? www.meteosuisse.admin.ch/meteo/meteo-et-climat-de-a-a-z/phenologie.html
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